La Renouée du Japon : introduction

Voici une introduction à la fameuse Renouée du Japon.
Après l’avoir présentée brièvement, nous parlerons d’abord de sa famille, les Polygonacées, les plantes aux nombreux genoux.
Et nous verrons qu’elle n’est pas la seule dans cette tribu à poser de sérieux problèmes à Homo sapiens


Description

Une plante aux tiges mouchetées de rouge et aux feuilles tronquées.

La Renouée du Japon est une grande plante, pouvant atteindre deux ou trois mètres, aux tiges creuses et mouchetées de rouge. La tige est entourée au niveau des nœuds (les points d’insertion des feuilles sur la tige) par une membrane appelée ochréa (du latin ocrea, « jambière »), une caractéristique de la famille des Polygonacées.  On peut considérer que l’ochréa est en fait formée par des stipules soudées.

La tige tachée de rouge et l’ochréa

Les feuilles sont grandes (elles atteignent 20 cm de long), tronquées à la base (ayant une base presque horizontale) et terminées en pointe.

 


Quelques mots sur sa famille

La Renouée du Japon fait partie des Polygonacées, une famille comportant environ 1.200 espèces dont la plupart sont des plantes herbacées.

Le nom de la famille, Polygonacées, est dérivé du nom de son genre type, Polygonum. On y retrouve poly qui signifie en grec ancien « plusieurs »  et gonu « genoux ». Cela fait référence aux nombreux nœuds renflés (les points d’insertion des feuilles sur la tige) de ces plantes, et qui évoquent (un peu) des articulations ou des genoux.

La Renouée des oiseaux (Polygonum aviculare) :
les nœuds sont indiqués par des flèches

L’appellation renouée attribuée à plusieurs espèces de cette famille (Renouée du Japon, Renouée des oiseaux,…) veut dire « plusieurs fois nouée », « ayant plusieurs nœuds », et décrit par conséquent la même caractéristique. Les anglophones parlent des knotweeds, les « herbes noueuses », et les néerlandophones de duizendknoop, « mille nœuds ».

Dans cette famille des Polygonacées, la Renouée du Japon appartient au genre Reynoutria ; son nom scientifique étant Reynoutria Japonica.

Reynoutria, Reynoutria, vous avez dit Reynoutria ?


Karel van Sint Omaars était un botaniste et humaniste flamand qui vécut au 16e siècle (1533-1569). Son nom est parfois francisé en Charles de Saint-Omer. Il vivait au château de Moerkerke (un village près de Bruges) mais il était aussi seigneur de Dranouter, un autre village de Flandre Occidentale, situé le long de la frontière française, qui fut appelé en français Dranoutre, Ranoutre ou encore Reynoutre : voici donc le lien avec Reynoutria !

Karel van Sint Omaars  commanda à plusieurs artistes plus de 1.400 aquarelles qui reproduisaient les plantes connues à son époque. Par miracle cette collection existe toujours ; elle est conservée à l’Université Jagellon de Cracovie 1.
Vous pouvez admirer l’une de ces aquarelles, consacrée à la Narthécie des marais, sur cette page.


En effet :  Reynoutria japonica est le nom scientifique qui est aujourd’hui le plus souvent accepté pour la Renouée du Japon, mais l’espèce était classée auparavant dans le genre Fallopia et portait donc le nom de Fallopia japonica.

Gabriele Falloppio était un botaniste et un anatomiste italien du 16e siècle, contemporain de Karel van Sint Omaars. Son nom est attaché à la redécouverte des tubes utérins ou « trompes de Fallope », déjà connues dans l’Antiquité.
Falloppio occupa les chaires d’anatomie, de chirurgie et de botanique à l’Université de Padoue. À cette époque la botanique faisait partie du cursus médical : il fallait pouvoir identifier les plantes qui pouvaient servir de base à la fabrication de médicaments.

Source : Wellcome Images


On retrouve dans la famille des Polygonacées plusieurs espèces ayant acquis une mauvaise réputation.

Prenons d’abord la Renouée des oiseaux (Polygonum aviculare) ou traînasse que nous avons déjà rencontrée ci-avant.

On la foule allègrement sans s’en rendre compte. Elle pousse sur les chemins, entre les pavés, dans les moindres fissures et résiste sans difficulté au piétinement.

La Renouée des oiseaux ne craint pas le piétinement !

C’est dans nos régions l’une des espèces les plus communes, la « mauvaise herbe » typique.

Plante que l’homme tente d’extirper de son trottoir aujourd’hui, elle était pourtant bien utile pour nos aïeux puisqu’ils la consommaient volontiers. Les peuples germaniques d’Europe occidentale l’intégraient notamment dans leur porridge 2. Et la traînasse eut son heure de gloire à la Révolution française : le 24e jour du mois de pluviôse portait son nom 3. C’est aussi une plante mellifère qui attire nombre d’oiseaux et d’insectes, ainsi qu’une plante médicinale employée entre autres usages contre la diarrhée ou les rhumatismes.


La Patience à feuilles obtuses (Rumex obtusifolius) est une autre paire de manches !

En Wallonie, c’est la plante que les agriculteurs ont le plus de mal à éliminer de leurs prairies 4.

Son abondance est souvent le signe d’un sol trop tassé et trop enrichi en nutriments (eutrophisation).

La racine pivotante d’un individu adulte peut atteindre 2,5 mètres de profondeur. La plante est par conséquent très difficile à éradiquer sans recours à des herbicides, ce qui représente un gros problème pour l’agriculture biologique 5.

Cette racine lui offre un autre gros avantage. En cas de sécheresse prolongée, elle lui permet d’aller chercher l’eau à une profondeur que la plupart des autres plantes herbacées ne peuvent atteindre. Cette espèce est par conséquent moins affectée par le réchauffement climatique que bien d’autres 6.

La Patience à feuilles obtuses se multiplie principalement grâce à ses graines, qu’elle peut produire en très grand nombre (de 100 à 60.000 par plante en une seule année). Les fruits sont le plus souvent emportés par le vent sur une distance considérable, ou dispersés par les animaux (en s’accrochant à leur plumage ou leur pelage, ou en étant avalés et ensuite excrétés) 8.

Valve fructifère de Rumex obtusifolius, portant un seul granule.

Mais elle pratique également la reproduction végétative. Dès l’âge de trois ans, la racine crée des racines secondaires latérales qui vont se séparer et devenir à leur tour des racines principales, généralement après cinq ans, engendrant par conséquent des clones. Et si la racine se casse, le moindre fragment de sa partie supérieure peut donner très rapidement une plante nouvelle 7.

Ce n’est pas tout : Rumex obtusifolius pratique la guerre chimique pour augmenter encore sa compétitivité : elle empêche en effet la germination des graines de certaines espèces concurrentes. C’est ce qu’on appelle l’allélopathie 9.

La Patience à feuilles obtuses contient, comme toutes les espèces du genre Rumex, des tanins et de l’acide oxalique. L’acide oxalique est présent dans beaucoup de plantes,  mais sa concentration dans les Rumex est relativement élevée.

L’acide oxalique est présent dans beaucoup de plantes,
y compris, bien sûr, dans les espèces du genre Oxalis, famille des Oxalidacées.
Ci-dessus : l’Oxalis corniculé (Oxalis corniculata), fréquent dans les villes.

L’ingestion répétée de cette Patience peut irriter le tube digestif et même occasionner des problèmes rénaux sévères. Les cas répertoriés semblent toutefois rares. La dose journalière toxique est en effet de 0,1 à 0,5 % du poids de l’animal, ce qui n’est pas rien 10.
À faible dose elle est comestible et les animaux la consomment sans éprouver de problème, ce qui n’est pas le cas d’autres plantes dangereuses pour le bétail, comme le Séneçon jacobée (Jacobaea vulgaris) 12.

Le Séneçon jacobée est toxique pour les chevaux et les bovins,
surtout quand il est mélangé au foin.
Sa toxicité est due à la présence de nombreux alcaloïdes pyrrolizidiniques,
dangereux pour le foie.

Il n’est donc pas nécessaire de l’éradiquer totalement des prairies (ce qui serait sans doute une mission impossible) ; il faut seulement veiller à ce qu’elle ne dépasse pas 10 à 15 % de la superficie du terrain.
N’oublions pas non plus que les Rumex sont les hôtes d’une vaste gamme d’insectes. Ils contribuent donc à la biodiversité et au bon fonctionnement des écosystèmes 13.

 


Sources :

1 : Alicja Zemanek et al. ; The beginnings of ecological thought in the Renaissance: an account based on the Libri picturati A. 18–30 collection of water-colours ; Archives of natural history ; Volume 34 ; N° 1 ; pp. 87–108 ; 2007

2 : Wikipedia ; Polygonum aviculare ; juin 2019

3 : Wikipedia ; Renouée des oiseaux ; novembre 2019

4 : Les méthodes de lutte contre les rumex ; Fourrages Mieux ; 2016

5 : Wikipedia ; Patience à feuilles obtuses ; Fourrages Mieux ; 2016

6 : Gérard Guillot ; La patience sauvage super conquérante ; Zoom Nature ; janvier 2016

7 : Rumex obtusifolius (broad-leaved dock) ; Cabi – Invasive Species Compendium ; 2019

8 : Rumex obtusifolius (broad-leaved dock) ; Cabi – Invasive Species Compendium ; 2019

9 : Johann Zaller ; Allelopathic effects of Rumex obtusifolius leaf extracts against native grassland species ; Journal of plant diseases and protection ; n° 20 ; pp. 463-470. ; 2006

10 : Johann Zaller ; Les rumex ; Centre AntiPoison Animal et Environnemental de l’Ouest (CAPAE-Ouest)

11 : Johann Zaller ; Les rumex ; Centre AntiPoison Animal et Environnemental de l’Ouest (CAPAE-Ouest)

12 : Charles N Merfield ; Non-chemical management of docks (Rumex) ; p. 3 ; The BHU Future Farming Centre ; août 2018

13 : Charles N Merfield ; Non-chemical management of docks (Rumex) ; p. 3 ; The BHU Future Farming Centre ; août 2018

A propos La gazette des plantes

La gazette des plantes, un blog qui part à la découverte des végétaux qui nous entourent en Belgique
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Un commentaire pour La Renouée du Japon : introduction

  1. Huppe Catherine dit :

    Très intéressant !! Merci

    J'aime

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