Le charme d’Adam, c’est d’être à poil…


Non, ce n’est pas la dernière déclaration fracassante d’Ève à propos de son compagnon.
C’est un moyen mnémotechnique amusant qui permet de distinguer aisément la feuille de charme de celle du hêtre.
 


Dans son dernier billet, la Gazette des Plantes vous avait proposé un petit devoir à domicile :  identifier deux feuilles d’arbres, assez semblables de prime abord.



Avez-vous trouvé?

Les bonnes réponses étaient : le charme à gauche, et le hêtre à droite.
Nous allons voir dans ce billet ce qui permet de distinguer facilement ces feuilles, bien qu’elles se ressemblent fort à première vue.
Outre les feuilles de ces deux arbres, nous examinerons également leur tronc et leurs bourgeons, bien visibles en cette saison.


Premier critère : les feuilles

Reprenons la première feuille, celle du charme.

Feuille de charme

Comment pouvons-nous la décrire?

Elle est simple et de forme ovale.

Elle possède un pétiole, cette petite tige qui la relie au rameau.

Elle est acuminée, c’est-à-dire que son sommet se termine brusquement en pointe allongée.

On peut aussi remarquer que les nervures secondaires sont disposées de manière alterne sur la nervure principale.

Mais tous ces traits, on les retrouvera également sur les feuilles de hêtre (voir plus loin)!

Qu’est-ce qui fait la différence?


Feuille doublement dentée

En fait, ce qui distingue la feuille du charme de celle du hêtre, c’est son bord.

Sur le détail présenté ci-contre, on voit bien que la bordure est dentée.

Elle est même doublement dentée.
En effet, chaque dent est elle-même découpée en dents plus petites.


Examinons maintenant une feuille de hêtre.

Elle est, comme celle du charme, simple, ovale, pétiolée et acuminée.
Par contre, on constate sans peine que le bord de la feuille est certes légèrement ondulé mais qu’il n’est pas muni de dents comme chez le charme.
Il est en revanche pourvu de cils blancs, bien visibles lorsque la feuille est jeune, mais dont certains demeurent observables en automne.

Feuille de hêtre

De là vient le moyen mnémotechnique utilisé par les botanistes pour distinguer les hêtres des charmes :
« Le charme d’Adam est d’être à poil » : la feuille du charme a des dents, tandis que celle du hêtre a des poils.
On pourrait aussi dire « Être à poil charme Adam »


La feuille de hêtre possède encore deux autres caractéristiques que l’on discerne mieux sur la photo ci-dessous.

La feuille de hêtre est légèrement asymétrique

L’une des moitiés de la feuille est plus large que l’autre.
Et le côté le plus large descend plus bas sur le pétiole. La feuille est donc légèrement asymétrique.


Feuille d’orme champêtre

Attention cependant : le hêtre n’est pas le seul arbre de nos régions dont la feuille est ovale et asymétrique à la base.

Celle de l’Orme champêtre (Ulmus minor) l’est bien davantage, comme le montre la photo ci-contre.

Mais, tandis que la feuille du hêtre a un bord qui ondule, la feuille de l’orme est nettement dentée.


La feuille du noisetier (Corylus avellana) est également doublement dentée, et acuminée, deux attributs que possèdent aussi les feuilles du charme.

Feuille de noisetier

Mais sa forme est très différente : elle n’est pas ovale, mais presque ronde. Les botanistes disent qu’elle est suborbiculée (orbiculé signifie rond, et sub est un préfixe exprimant un degré moindre).

En outre, sa base est cordée (en forme de cœur), et son court pétiole est poilu (vous le verrez si vous agrandissez la photo en cliquant dessus).


Outre leur forme ovoïde, les feuilles du charme et du hêtre partagent une autre propriété : elles sont marcescentes. Cela signifie que les feuilles mortes demeurent attachées aux branches durant l’hiver. Elle ne tomberont que lorsque les nouvelles feuilles commenceront à sortir, c’est-à-dire au début du printemps.

Feuilles marcescentes de hêtre (troisième semaine de février)

La marcescence des feuilles est surtout le fait d’individus encore jeunes.
Et c’est une particularité de plusieurs espèces appartenant soit à la famille des Fagacées (les hêtres, les chênes et les châtaigniers) soit à celle des Bétulacées (les charmes). Ce sont deux familles proches, placées dans la classification dans le même ordre des Fagales.
Ces espèces aux feuilles marcescentes sont souvent utilisées pour édifier des haies, car elles constituent des écrans permanents, été comme hiver.


Deuxième critère : les bourgeons

Bourgeons de charme en train de débourrer

La photo ci-contre montre des bourgeons de charme en mars, alors qu’ils sont en train de s’ouvrir.
Ils ont une forme ovoïde, et un peu arquée.
En hiver, ils sont protégés par des écailles brun-rougeâtre.
Ils sont disposés de manière alterne; les latéraux étant appliqués contre le rameau.

Regardons maintenant les bourgeons du hêtre (ci-dessous).
Ils sont sont fusiformes (nettement plus effilés), et possèdent une pointe acérée.
Les bourgeons latéraux sont écartés des rameaux.


Bourgeons de hêtre

 


Troisième critère : le tronc

Tronc de hêtre

Voici un troisième critère pour les distinguer en hiver.

Les troncs du hêtre et du charme sont généralement lisses et leur écorce est gris cendré.

Mais si le tronc que vous êtres en train d’observer ondule légèrement, comme s’il était formé de longs muscles sinueux, alors vous pouvez être assuré qu’il s’agit d’un charme (voir photo ci-dessous).

Tronc de charme


Un peu d’étymologie

Pour terminer, savez-vous que le charme est à l’origine de quelques noms de villages de nos régions? Les Charneu(x) des provinces de Liège et de Luxembourg et Carnières dans le Hainaut.

Hêtre en automne

Mais le hêtre a connu bien plus de succès, ce qui n’est en fin de compte pas surprenant, car il est l’arbre feuillu le plus présent dans nos forêts après les chênes.
Ce qui est plus curieux, c’est qu’il est présent chez nous à la fois par son nom latin et par son nom germanique.
Le latin fagus a donné notamment les nombreux Fayt ou Fays; le germanique hester a fourni quant à lui La Hestre, près de Manage dans le Hainaut.

A propos La gazette des plantes

La gazette des plantes, un blog qui part à la découverte des végétaux qui nous entourent en Belgique
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