Les plantes rares disparaissent…Un jeune botaniste veut les sauver

La Gazette des Plantes ne met pas cette fois-ci une plante à l’honneur, mais bien un botaniste. Un botaniste original qui ne se contente pas d’identifier et de répertorier des espèces. Son but est de sauver ou ressusciter des plantes menacées ou disparues. Voici Josh Styles, un Anglais du Cheshire, qui nous montre comment des initiatives locales et collaboratives peuvent jouer un rôle important dans la sauvegarde de la nature.


Prologue : quelle vision pour la protection de la nature ?

Il y a environ un an, la Gazette des Plantes avait publié un billet consacré aux idées de deux naturalistes français, François Terrasson et Jean-Claude Génot.

Rappelez-vous : selon eux, l’homme a une véritable phobie de la nature, et c’est pour cette raison qu’il essaye par tous les moyens de la maîtriser. Y compris dans la gestion des réserves naturelles.

Mais en agissant ainsi, le gestionnaire de la réserve veut maintenir ou rétablir une situation qui est artificielle, anthropique, créée par l’homme au cours des siècles passés.  Vouloir conserver une certaine nature alors que celle-ci ne cesse de changer est un mirage lié à la courte durée de la vie humaine.

C’est, présenté de manière simpliste bien sûr, le message de Terrasson et Génot. Lisez ou relisez le billet et leurs ouvrages  pour en apprendre plus.

Nous vous présentons aujourd’hui une autre vision de ce que peut être la protection de la nature, une vision interventionniste et donc presque à l’opposé de la pensée des deux naturalistes français.

C’est à nouveau notre ami Jean-Paul qui nous a envoyé l’article, paru dans The Guardian, qui est le point de départ de ce billet 1.


Le botaniste du Cheshire

Partons à la découverte du Cheshire, de ses plantes et de son botaniste. Et nous aurons pour nous accompagner une célébrité :

Le Cheshire, anciennement appelé comté de Chester, est un comté du nord-ouest de l’Angleterre, situé au sud de Liverpool et de Manchester. L’un de ses plus célèbres habitants fut Charles Dodgson, plus connu sous le nom de Lewis Carroll, l’auteur des Aventures d’Alice au pays des merveilles (1865).

Le Cheshire compte désormais une nouvelle vedette, Josh Styles. Il est botaniste, mais pas vraiment le botaniste typique : il est âgé de seulement 24 ans, alors que, comme il le dit lui-même, « la plupart des botanistes sont malheureusement assez âgés ! »

Josh est tombé dans la potion « botanique » très tôt : jeune garçon, il passait tellement d’heures à regarder les herbes que ses parents s’inquiétaient et pensaient qu’il devenait un peu zinzin. Mais il cherchait tout bonnement à identifier toutes les plantes des environs.
Et il s’est très vite rendu compte que la situation était grave…

Chaque année une espèce de plante disparaît (en moyenne) de chaque comté d’Angleterre, et 1 espèce indigène sur 7 y est menacée d’extinction 2.

Le nord-ouest du pays (le Cheshire et les comtés voisins) ne manque pourtant pas de milieux intéressants pouvant héberger des plantes rares : dunes de sable, tourbières notamment. Mais beaucoup de ces tourbières ont été drainées durant ces cent dernières années afin d’être converties en terres agricoles.

La Gentiane des marais (Gentiana pneumonanthe),
une plante des landes humides et des prairies marécageuses acides et à faible teneur en éléments nutritifs

Les espèces vivant dans ces milieux sont désormais en voie de disparition. C’est le cas de la Gentiane des marais (photo ci-dessus) qui était autrefois connue dans 40 sites du nord-ouest de l’Angleterre. Il n’en subsiste plus que quatre aujourd’hui.


Sauver et réintroduire les plantes rares

En 2017, Josh a lancé un projet intitulé « North-West Rare Plant Initiative » avec le soutien et la collaboration d’un certain nombre d’organisations environnementales locales. L’objectif est de préserver ou de réintroduire dans la région des plantes très rares et menacées d’extinction.

Très juste ! Cela exige au contraire : primo de solides motifs justifiant cette démarche et secundo le respect d’un protocole très strict.


La première étape accomplie par Joshua fut de dresser un inventaire des espèces prioritaires, c’est-à-dire des plantes qui se trouvent en grand danger de disparaître. Outre la Gentiane des marais, on rencontre notamment sur cette liste, qui comprend pour le moment une quarantaine de noms, le Droséra intermédiaire (Drosera intermedia), une plante carnivore des marais tourbeux.

Le Droséra intermédiaire (Drosera intermedia)

Et maintenant, une page de publicité :

La Gazette des Plantes a déjà parlé du Droséra intermédiaire dans cet excellent article que nous vous invitons à lire ou à relire :

Le Droséra intermédiaire, ou le dilemme cornélien d’une plante carnivore!


Évidemment ! C’est pour cela que Joshua cultive actuellement plus de 200 espèces indigènes. Malgré son jeune âge, il a déjà acquis une solide expérience dans ce domaine. Il explique les principes à suivre pour ne pas commettre de faux pas 3.

Il faut d’abord trouver un site « donneur », c’est-à-dire un site qui abrite encore un nombre non négligeable d’individus de l’espèce que nous voulons réintroduire, et qui pourra par conséquent tolérer une ponction raisonnable. Pas question bien sûr d’agir sans avoir obtenu les autorisations nécessaires des propriétaires et, le cas échéant, des organismes concernés.

Le but est de limiter le risque de propagation d’espèces invasives. S’il s’avère malgré tout nécessaire d’enlever des plants accompagnés de leur substrat, ils seront cultivés dans un lieu de transit pendant au moins six mois avant leur réintroduction définitive, pour la même raison.


Maintenant que nous disposons d’une réserve de plantes, se pose le problème de la sélection d’un site qui puisse accueillir notre espèce cible. Le site « récepteur » doit normalement se trouver dans l’aire de répartition actuelle ou récente de notre espèce. Le but étant, rappelons-le, de réintroduire et non d’introduire des espèces rares.

Le milieu choisi doit assurément correspondre à l’habitat de la plante ! Cela paraît être une évidence, mais qui nécessite parfois une analyse assez fine du site. Une tourbière n’est pas l’autre : elles peuvent être acides ou alcalines; alimentées par la nappe phréatique ou par les précipitations etc.

Et ce n’est pas encore suffisant : on doit également vérifier que les groupements végétaux présents sur le site sont bien compatibles avec l’espèce que l’on désire réintroduire. En gros, s’assurer que la concurrence des autres plantes ne sera pas trop forte, ou au contraire que notre candidate ne rompra pas un équilibre existant.

Quand tous ces contrôles ont été effectués, on peut procéder à la réintroduction…

L’objectif est ici de limiter le taux de mortalité et d’augmenter en même temps la diffusion de l’espèce à travers le site. Les stations seront inspectées six mois après la réintroduction et ensuite annuellement au minimum.


Un exemple de réintroduction réussie

Rendons-nous au Risley Moss, une zone de tourbières située au nord du Cheshire.

Le Risley Moss
© Mike Harris via Wikimedia Commons

Le Rhynchospore blanc (Rhynchospora alba) y avait disparu depuis 150 ans environ. Cette espèce appartient à la famille des Cypéracées, celle des Laîches (Carex), des plantes communes dans les milieux humides.

La Laiche à épis pendants (Carex pendula),
fréquente le long des cours d’eau

Le Rhynchospore blanc se rencontre, quoique rarement, dans les marais tourbeux. C’est une espèce assez petite (40 cm tout au plus) que l’on reconnaît à ses inflorescences blanchâtres formées de quelques épillets comprenant généralement deux fleurs.

Le Rhynchospore blanc est une espèce rare des milieux tourbeux.

Son nom bizarre vient du grec rhynchos, « bec » et spora , « graine », car la graine de cette plante est en effet terminée par un bec. Les habitants du Cheshire, comme tous les anglophones d’ailleurs, l’appellent le White beak-sedge, le Carex à bec blanc.

Il a été réintroduit au Risley Moss en 2018, et ses débuts semblent prometteurs. Joshua essaie maintenant d’augmenter sa dispersion dans le marais en recueillant des propagules végétatives et en les repiquant à d’autres endroits du site. Une propagule végétative est un morceau de plante susceptible de développer des racines et de produire un nouvel individu.

L’inflorescence blanchâtre
constituée d’épillets comprenant généralement deux fleurs



Sources :

A propos La gazette des plantes

La gazette des plantes, un blog qui part à la découverte des végétaux qui nous entourent en Belgique
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Un commentaire pour Les plantes rares disparaissent…Un jeune botaniste veut les sauver

  1. Thérèse Baekelmans dit :

    Comme à chaque fois je me régale de ces articles comme d’un bon plat. Merci La gazette. Thérèse

    J'aime

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