A la recherche d’une plante qui n’existe (probablement) pas…

Oubliez le ginseng, le millepertuis ou encore l’harpagophytum! La Sanjeevani Booti est une plante qui, dans la mythologie hindoue, a la propriété  de guérir toutes les maladies, et même de ressusciter les morts. Cette herbe a été cherchée depuis des siècles, mais en vain. L’Etat indien de l’Uttarakhand a décidé de financer une expédition pour la trouver!


La Sanjeevani Booti est est une plante connue de tous les herboristes indiens. Elle est mentionnée dans le Râmâyana, l’un des grands récits de la mythologie hindoue. L’un des protagonistes de cette épopée, Lakshmana, est grièvement blessé. Le dieu à corps de singe Hanuman est alors chargé d’aller cueillir cette plante magique qui pousse sur le Mont Dunagiri, un sommet de l’Himalaya.

Le Mont Dunagiri (By Tkx via Wikimedia Commons)

Le Mont Dunagiri (© Tkx via Wikimedia Commons)

Hanuman ramenant la montagne qui abrite la sanjeevani (de Ravi Varma Press via Wikimedia Commons)

Hanuman ramenant la montagne qui abrite la sanjeevani (© Ravi Varma Press via Wikimedia Commons)

Mais Hanuman n’a malheureusement pas suivi de formation botanique et il est donc incapable d’identifier la plante en question.
Qu’à cela ne tienne, puisqu’il est un dieu il décide de ramener plutôt la montagne entière et sauve ainsi la vie de Lakshmana 1.

Les anciens textes précisent que cette plante miracle pousse sur les pentes de l’Himalaya, possède une odeur spéciale et un éclat incomparable, et qu’en outre elle luit dans l’obscurité.
Mais bien qu’elle ait été recherchée pendant des siècles, la Sanjeevani Booti n’a jamais été trouvée 2.

On peut donc raisonnablement penser que cette plante n’existe pas, bien que plusieurs espèces aient été proposées comme candidates possibles.
C’est par exemple le cas de Selaginella bryopteris, une plante vivant sur les rochers des Aravalli, une chaîne traversant le Rajasthan.  Selaginella bryopteris est utilisée dans la médecine traditionnelle indienne pour soigner notamment les coups de chaleur et la jaunisse 3. Elle n’appartient pas au groupe des plantes à fleurs (les angiospermes), mais bien à celui des lycophytes, qui sont des plantes voisines des prêles et des fougères.

Selaginella bryopteris et plusieurs autres espèces appartenant au genre Selaginella possèdent une propriété étonnante : elles sont poïkilohydres. Pas de panique : le mot est compliqué mais sa signification est toute simple : cela signifie que ces plantes sont capables de supporter une déshydratation sévère et longue (pouvant durer des mois, voire des années), et d’en réchapper. Notez le suffixe grec hydro (qui se rapporte à l’eau) et le préfixe poïkilo signifiant « irrégulier ». Cette capacité est courante chez les algues, les lichens ou les mousses, mais très rare chez les trachéophytes (les plantes vasculaires comprenant les fougères et plantes voisines, les conifères et les angiospermes).
En cas de sécheresse intense, Selaginella bryopteris et ses consœurs se roulent en boules brunes, qui redeviendront vertes dès que l’humidité sera revenue. C’est pour cette raison qu’elles sont souvent appelées « plantes de la résurrection« .

La « résurrection » d’une Selaginella lepidophylla (Wikimedia Commons)

En Belgique, on peut trouver une Sélaginelle possédant cette caractéristique. C’est la Sélaginelle des jardiniers (Selaginella kraussiana). Originaire d’Afrique, elle a été observée à quelques endroits en France et dans le nord de la Belgique durant ces dernières années.

Selaginella kraussiana (C Jerzy Opioła via Wikimedia Commons)

Selaginella kraussiana ( © Jerzy Opioła via Wikimedia Commons)

Selaginella bryopteris est certes une plante étonnante, mais ce n’est pas la plante miracle que la Sanjeevani Booti est censée être. En conséquence de quoi le gouvernement de l’Uttarakhand, un Etat du nord de l’Inde 4, a décidé d’allouer la modique somme de 250 millions de roupies (soit environ 3.3 millions d’euros) pour financer une expédition dont l’objectif est de retrouver cette fameuse plante.

Cette expédition explorera la région dans laquelle se situe le Mont Dunagiri, près de la frontière chinoise.  Elle est commanditée par le Ministère de l’Ayush : Ayush est l’abréviation de  Ayurveda (médecine traditionnelle indienne), Yoga, Unani (médecine traditionelle perso-arabique), Siddha (médecine traditionnelle du sud de l’Inde) et Homéopathie.
L’Uttarakhand est connu pour abriter au moins une centaine de plantes médicinales reconnues 5 6.
Puisse cette campagne ne pas se focaliser sur une plante mythique, mais bien tenter d’en identifier de nouvelles et bien réelles!


Sources :
(1) : Wikipedia; Sanjeevani (plant); Octobre 2016
(2) : AYESHA VENKATARAMAN; Medicinal Herb or Myth? Indian Official Proposes Hunt for Sanjivani of Lore; New York Times; 29 Septembre 2016
(3) : Wikipedia; Selaginella bryopteris; Septembre 2016
(4) : État indien créé le 9 novembre 2000. Auparavant, l’Uttarakhand faisait partie de l’Uttar Pradesh.
(5) : Anupam Trivedi; Uttarakhand govt begins hunt for mythical herb Sanjeevani Booti; Hindustan Times; 28 juillet 2016
(6) : The Guardian; Indian state steps up hunt for mythical glow-in-the dark plant; 28 juillet 2016

A propos La gazette des plantes

La gazette des plantes, un blog qui part à la découverte des végétaux qui nous entourent en Belgique
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