On n’a pas planté les bons arbres en Europe!


Les forêts fixent le carbone atmosphérique et tempèrent donc le réchauffement climatique. Oui, mais il faudrait pour cela planter les bons arbres, et cela n’a pas été le cas en Europe depuis 1750.


Partout où l’homme s’est sédentarisé, la déforestation a suivi, et c’est encore le cas de nos jours. Quand l’homme se fixe quelque part, il a besoin d’abord de beaucoup de terres agricoles pour se nourrir, et il a ensuite besoin de beaucoup de bois pour se chauffer.
Dans l’Europe médiévale, d’autres raisons ont également contribué au déboisement : nos aïeux coupaient les arbres pour alimenter les forges et les fours, ainsi que pour satisfaire le secteur de la construction, notamment navale *.

* : Wikipedia, Déforestation, janvier 2016

Les terres agricoles de Hesbaye, témoignage d’un ancien déboisement massif


Cela semble paradoxal, mais les forêts européennes ont été sauvées de la disparition grâce à la révolution industrielle et surtout à l’extraction et l’usage du charbon qui a remplacé le bois comme source d’énergie. On a dès lors non seulement arrêté de déboiser, mais on a même reboisé! A ce moment a en effet commencé dans les campagnes et les montagnes européennes un long et profond mouvement de dépopulation (au profit des centres industriels) et de déprise agraire. Le reboisement en a été la suite logique, et les forêts européennes couvrent aujourd’hui une superficie supérieure à celle qu’elles occupaient avant 1750.
Il faut remarquer toutefois qu’un renversement de tendance se dessine depuis peu, en France du moins, puisque la surface des forêts diminue à nouveau *.

* : Centre Régional de la Propriété Forestière , La surface des forêts françaises commence à diminuer, 4ème trimestre 2010

Feuilles de robinier faux-acacia

Nous savons que les arbres absorbent beaucoup de carbone : lors de la photosynthèse, leurs feuilles utilisent l’énergie de la lumière solaire pour transformer le gaz carbonique contenu dans l’atmosphère en sucres.
Une partie du carbone sera ensuite réémise par l’arbre lors de la respiration, mais une autre sera séquestrée dans l’organisme sous forme de bois et de racines.

Le reboisement rapide que l’Europe a connu depuis 1850 est donc une bonne chose, me direz-vous? On aurait ainsi limité le réchauffement climatique dû aux gaz à effet de serre.
Eh bien non! Une étude menée au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement de Gif-sur-Yvette, en France, montre que c’est l’inverse qui s’est produit.

Que s’est-il donc passé? En fait, on a surtout planté des conifères; principalement des pins sylvestres et des épicéas. Ceux-ci croissent plus rapidement que les feuillus et sont donc plus rentables d’un point de vue économique. Mais ils sont aussi plus sombres, et absorbent plus de lumière, et donc de chaleur,  que les feuillus.
Outre le fait que les feuillus réfléchissent plus de lumière, ils perdent leurs feuilles en hiver; ce qui accroît encore plus la réflexion des rayons, due cette fois aux sols enneigés. Selon l’étude précitée, la priorité donnée aux conifères aurait fait monter la température des basses couches de l’atmosphère de 0.12 degrés. Ce n’est pas énorme, certes, mais on s’attendait à ce que le reboisement ait eu un effet rafraîchissant et non réchauffant!

Les conifères (ici, près de Libramont) absorbent plus de lumière que les feuillus


Ce n’est pas tout : un deuxième facteur est intervenu : la majorité des forêts européennes sont désormais « gérées » (plus de 85 % du couvert boisé européen).
Elles sont non seulement exploitées pour le bois, mais elles sont également entretenues : les arbres morts ou malades sont régulièrement abattus, les taillis et sous-bois bien souvent nettoyés (pour éviter les incendies, prévenir la propagation des maladies des arbres, ou pour assurer la sécurité des promeneurs).

La Forêt de Soignes, un exemple type de forêt gérée

Or l’étude montre que la gestion forestière contribue à renforcer le réchauffement climatique. En abattant des arbres, une partie de ceux-ci (les branches, l’écorce, la sciure) est généralement brûlée ou transformée en combustibles (pellets pour chaudière par exemple). On rejette par conséquent dans l’atmosphère le carbone qu’ils avaient stocké et qui, sans l’intervention humaine, se serait maintenu dans le bois mort, la litière et le sol.


Les conclusions des chercheurs sont d’une part que nous devrions donner la préférence aux feuillus dans les programmes de reboisement, et d’autre part qu’il ne faut pas surestimer le rôle des forêts gérées dans la régulation du climat. Autrement dit : ce n’est qu’en réduisant ses émissions de gaz carbonique que l’homme parviendra à résoudre le problème qu’il a lui-même créé.

Sources :

 

 

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