Regardons où nous mettons les pieds!

Dorine

Pétasite

C’est en effet en se mettant au ras des pâquerettes que le botaniste amateur fait parfois des découvertes intéressantes. Un exemple : il faut se pencher très bas et posséder de bons yeux pour remarquer la Dorine à feuilles opposées, en pleine floraison actuellement mais qui passe pourtant inaperçue. Ce qui ne sera pas le cas du Grand Pétasite, qui sort à peine de terre mais qui atteindra bientôt une belle taille.


Le Rouge-Cloître

C’est au cours d’une balade au Rouge-Cloître que la Gazette des Plantes a repéré la Dorine. Fondé au 14e siècle dans la forêt de Soignes, au sud-est de Bruxelles, cet ancien ermitage est devenu aujourd’hui un centre artistique; et une partie du domaine qui l’entourait a été classé en réserve naturelle, intégrée au réseau européen Natura 2000.

C’est un lieu fréquenté par de nombreux ornithologues, à cause de la présence de plusieurs étangs. Ceux-ci furent réalisés par les moines en barrant les cours d’eau à l’aide de digues. Ils servaient de viviers et furent aussi utilisés pour faire tourner des moulins à eau.

Un des étangs du Rouge-Cloître

En amont de ces étangs se trouve une zone humide parcourue de multiples chenaux et envahie de bois mort (voir photo ci-dessous). C’est sans doute l’état naturel que devaient présenter les fonds des vallons dans la forêt de Soignes avant que l’homme n’intervienne. La végétation y est encore variée, ce qui n’est pas le cas de celle des plateaux environnants.

La zone humide du Rouge-Cloître

 

L’aulne glutineux a des feuilles tronquées au sommet et des bourgeons violets

On y trouve deux sortes d’arbres typiques des bords de ruisseaux, l’aulne glutineux (Alnus glutinosa) (voir photo ci-contre) et le frêne.

C’est dans cette zone marécageuse que nous avons observé la  Dorine à feuilles opposées (Chrysosplenium oppositifolium).


La  Dorine à feuilles opposées

Son habitat

La Dorine à feuilles opposées est relativement fréquente dans les milieux humides comme les bords des sources et des ruisseaux. Elle pousse de préférence sur des sols siliceux, qui sont plus acides et plus froids que les sols calcaires.

La Dorine à feuilles opposées pousse dans les lieux humides

Bien qu’elle soit assez courante, la Dorinne à feuilles opposées passe souvent inaperçue. Il faut dire que c’est une plante basse (de 10 à 20 cm de haut) et que ses petites fleurs vert jaune ne sont pas spectaculaires.

La Dorine passe souvent inaperçue au milieu des autres plantes


Classification 

Angiospermes > Dicotylédones > Saxifragacées > Chrysosplenium (Dorines)

La famille des Saxifragacées comprend environ 600 espèces, surtout des plantes herbacées vivant principalement dans les zones tempérées à froides de l’hémisphère Nord. Cette famille est bien représentée dans les Alpes.

En Belgique, on peut trouver deux genres indigènes appartenant à cette famille : les Saxifrages et les Dorines. Mais aussi plusieurs espèces cultivées qui se naturalisent parfois : les Astilbes, les Bergenias, les Heuchères (appelées communément  « Désespoir du peintre »), les Tellimas et les Tolmies.

Saxifraga_tridactylites-01_(xndr)

Saxifraga tridactylites (Wikimedia Commons)

Il est difficile de trouver des caractéristiques morphologiques communes aux membres de cette famille : ils présentent une grande variabilité que ce soit pour les fleurs ou bien pour les feuilles!


Les fleurs 

Penchons-nous un peu (beaucoup !) pour examiner les fleurs de la Dorine. Elles apparaissent en mars, et on pourra les voir jusqu’en juin-juillet. Elles sont regroupées sur un même plan au sommet des tiges, à environ 15 cm de hauteur (voir photo ci-dessous), dans un berceau de bractées (les petites feuilles vertes qui les entourent).

Les fleurs sont groupées en grappe

Penchons-nous un peu plus (mais attention cependant au lumbago!) pour regarder une fleur de tout près.

Une fleur avec les sépales verdâtres entourant les 8 étamines

Chaque fleur a 3 ou 4 mm de diamètre.
On remarque qu’il y 4 sépales verdâtres étalés, entourant 8 étamines (les organes mâles) dont la partie terminale (l’anthère qui renferme le pollen) est jaune.
La fleur de la Dorine ne possède pas de pétales : on peut donc parler dans ce cas de sépales ou bien de tépales sépaloïdes.

La pollinisation se fait par des abeilles sauvages, des guêpes, des mouches ou bien des coléoptères.

Les anthères jaunes  sont les éléments les plus visibles de la plante, et sont d’ailleurs à l’origine du nom français comme du nom latin. Dorine est sans doute un diminutif de doré. Le nom latin Chrysosplenium a une origine semblable : chrysos en grec ancien signifiait or,  et splên signifiait rate : une allusion à la couleur et à la forme des feuilles.


Les feuilles

Etant donné que la plante s’appelle « Dorine à feuilles opposées », vous pourriez supposer que les feuilles sont opposées, et vous auriez raison!

Les feuilles sont opposées et décussées

Les feuilles présentent une base en coin

Elles sont aussi décussées, ce qui signifie que chaque paire forme un angle droit avec les paires voisines.

Elles sont presque rondes mais plutôt en coin à la base, et leur bord est un petit peu crénelé.
Elles sont également recouvertes de poils blancs épars.

Elles ont été consommées, crues ou cuites, et la salade de Dorine était autrefois courante dans les Vosges.

Gérard Ducerf indique que toute la plante est cholagogue : cela veut dire qu’elle facilite l’évacuation de la bile vers l’intestin. Elle est donc recommandée en cas d’insuffisance hépatique et biliaire, ainsi qu’en présence de calculs de la vésicule biliaire.
Cela explique que l’un de ses surnoms soit l’hépatique des marais.

Sources :
Couplan François, Le régal végétal, Sang de la Terre, Paris, 2015
Ducerf Gérard, L’encyclopédie des plantes bio-indicatrices, Volume 2, Promonature, Briant, 2008

 


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Le Grand Pétasite sort de terre

Nous restons toujours dans la réserve du Rouge-Cloître, mais c’est maintenant au bord d’un étang que nous avons aperçu des jeunes plants du Grand Pétasite, appelé aussi Pétasite officinal (Petasites hybridus).

Jeunes plants de Pétasites

C’est une Astéracée (la famille des fleurs composées, le pissenlit par exemple), qui comme la Dorine apprécie les bords humides des ruisseaux.

Pétasite à l’état adulte

Sa présence indique souvent un sol de mauvaise qualité : trop riche en matières organiques d’origine animale (bétail ou chiens…), et contenant donc beaucoup de nitrites. Lorsque ces conditions sont remplies, il peut devenir envahissant.

Actuellement, on ne le remarque pas encore, mais il atteindra dans quelques semaines une hauteur respectable (60 cm). Mais surtout il produira à la fin de sa floraison des feuilles gigantesques pouvant atteindre 1 mètre de diamètre!

A ce moment, ce sera l’occasion pour la Gazette des Plantes de l’examiner plus en détail.


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A propos La gazette des plantes

La gazette des plantes, un blog qui part à la découverte des végétaux qui nous entourent en Belgique
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2 commentaires pour Regardons où nous mettons les pieds!

  1. JP Roos dit :

    J’ai vu deux stations de dorines en forêt de Soignes la semaine dernière. Et deux d’Arum italicum au Rouge-Cloître.

    J'aime

  2. Ping : La belle étoile bleue | La Gazette des Plantes

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