Le Prunellier (Prunus spinosa)

Il n’y a pas de prunelles sans épines! En effet, pour cueillir ce petit fruit noir bleuâtre dont on tire de délicieuses liqueurs il faudra se frotter aux rameaux bordés de piquants de l’épine noire, l’autre nom du prunellier!


  • Classification

Angiospermes > Dicotylédones vraies > Rosacées > Prunus.

Le genre Prunus regroupe beaucoup d’espèces d’arbres fruitiers (pruniers, cerisiers, pêchers) ainsi que des espèces ornementales (le cerisier du Japon et le laurier-cerise notamment).


  • Description

Le prunellier se fait remarquer dès le début du printemps, aux mois de mars et d’avril : de très nombreuses fleurs blanches vont alors recouvrir ses rameaux et décorer les haies. A ce moment, ses feuilles ne sont pas encore sorties. Cette floraison précoce et avant la feuillaison est le meilleur moyen de distinguer le prunellier des aubépines (qui ne fleuriront qu’en mai).

Prunellier en fleurs (première semaine d’avril). Les feuilles ne sont pas encore sorties.

Le prunellier est un arbrisseau qui atteint généralement 2 m. de haut (plus rarement 5 m.). Il n’a donc pas un tronc principal, c’est une autre différence avec l’aubépine qui est un arbuste ou un arbre.


Allons maintenant voir ses fleurs d’un peu plus près.

Fleurs isolées






Elles sont petites (de 1 à 1.5 cm de diamètre), blanches et peuvent être soit isolées, soit groupées en bouquets.



Fleurs groupées en bouquet


Sa floraison précoce et abondante (en mars et avril) est très appréciée des insectes à un moment de l’année où la nourriture est encore rare.

Ses fleurs sont butinées à la fois pour leur nectar et pour leur pollen, surtout par des abeilles sauvages et par des papillons.
Comme c’est le début du printemps et que les ressources sont encore rares, les abeilles s’en serviront surtout pour édifier leur colonie, et non pour stocker des réserves. C’est pour cette raison que le miel de prunellier n’est pas fréquent.


Les fleurs sont semblables aux autres espèces du genre prunus : elles ont 5 pétales arrondis, une vingtaine d’étamines (organes mâles) portant des anthères jaunes ou orangées, et au centre un style vert (organe femelle) soutenant un stigmate lui-aussi orangé. On peut remarquer que ce style prend naissance dans l’ovaire qui est situé sous le plan d’insertion des pétales.

5 pétales, une vingtaine d’étamines et un style central

Les étamines portant les anthères, et le style central

Les anthères (l’anthère est la partie terminale de l’étamine, qui renferme les grains de pollen) changent de couleur progressivement. Elles sont d’abord jaunes lorsque la fleur éclot. En se fissurant pour libérer le pollen, elles passent à l’orange, puis au rouge, et deviennent brunes lorsqu’elles auront été délestées de tout le pollen.


Une fleur fécondée se teinte de rouge.

Lorsqu’une fleur a été fécondée, c’est-à-dire lorsqu’un grain de pollen a été transporté d’une étamine vers le pistil central, elle se teinte de rouge. C’est un signal à l’intention des insectes pollinisateurs qui l’éviteront désormais.


En outre, les enveloppes externes de la fleur (sépales et pétales) disparaissent. Tandis qu’au centre, le pistil se transforme :  l’ovule va donner la graine, qui sera entourée par le fruit.


Une fleur de prunellier à six pétales

Et maintenant, un petit jeu pour se distraire : si vous aimez rechercher des trèfles à quatre feuilles (petit rappel : le trèfle blanc n’en possède normalement que trois), essayez, pour changer, de trouver des fleurs de prunellier à six pétales au lieu des cinq habituels. Si vous n’avez pas de prunellier sous la main, un prunier pourra faire l’affaire.

Vous ne devrez probablement pas chercher très longtemps, car des fleurs à six, voire sept pétales, ne sont pas rares chez ces espèces.

Rien de bien étonnant à cela. Les pétales supplémentaires peuvent être soit des sépales pétaloïdes (des sépales qui ressemblent à des pétales), soit des étamines pétaloïdes! Les botanistes savent maintenant que les sépales, les pétales et les étamines ne sont que des feuilles transformées par l’évolution! De temps en temps, il arrive que la transition ne soit pas toujours très nette entre ces pièces florales, et un sépale (ou une étamine) prend alors la forme d’un pétale.

 Sources :
– Gérard GUILLOT : La planète Fleurs, Editions QUAE, 2010, Versailles
– Hubert CAILLAVET : Variétés anciennes de pruniers domestiques, INRA, 1991

Sachez aussi que les fleurs du prunellier seraient bonnes pour la santé : on utilise les boutons floraux séchés pour préparer des infusions dépuratives (qui nettoient le sang), diurétiques et laxatives, ou bien pour lutter contre l’acné.

Attention
cependant : les fleurs contiennent un peu d’acide cyanhydrique et sont donc toxiques si on en consomme en trop grande quantité.


Après les fleurs, les feuilles.

Fin de la floraison et début de la feuillaison




En effet, les premières feuilles du prunellier ne commencent à sortir qu’à la fin de la floraison (vers la mi-avril).


Les bourgeons et les feuilles sont alternes


Les feuilles sont disposées de manière alterne autour des rameaux. Cela vaut aussi bien sûr pour les bourgeons et les rameaux. L’ordre selon lequel ces éléments sont placés sur la tige s’appelle la phyllotaxie. La plupart des arbres et arbrisseaux de nos régions ont une phyllotaxie alterne.


Les feuilles sont petites ( de 2 à 5 cm de long seulement). Elles sont simples (ce qui est aussi une différence avec les feuilles d’aubépines qui ont plusieurs lobes plus ou moins bien marqués). Elles sont ovales, possèdent un bout pointu et une base rétrécie. Leur bord est finement dentelé.

Feuilles du prunellier




Les feuilles de prunellier étaient jadis séchées puis utilisées par certains fumeurs de pipe pour parfumer le tabac. Elles furent également employées pour préparer des thés. Elles auraient, comme les boutons floraux, des vertus dépuratives (elles dépureraient le sang) et anti-inflammatoires.

Attention : comme les fleurs, les feuilles contiennent un peu d’acide cyanhydrique et sont donc toxiques si on en consomme en trop grande quantité.


Son nom est prunellier; son surnom est l’épine noire!

Les rameaux sont en effet très épineux. Les épines sont chez le prunellier des rameaux courts, portant des bourgeons et des feuilles, mais piquants à leur extrémité.

Les rameaux épineux

Au passage, on voit bien que la phyllotaxie (la disposition des feuilles et des rameaux le long des branches) est alterne.


Épine de prunellier

L’épine du prunellier est donc un rameau modifié. Elle sert à protéger la plante contre les herbivores. Les vaches ne mangent pas les prunelliers! C’est pour cela que les paysans en faisaient jadis (en le mélangeant avec de l’aubépine) des haies infranchissables pour le bétail. Plus efficace et plus écologique que des clôtures électrifiées.

Ses épines sont aussi utilisées par la pie-grièche pour empaler ses proies (de petits insectes, des lézards ou même de petits passereaux).


Une haie de prunelliers

Ses épines et son port touffu en font un buisson impénétrable pour les prédateurs; cela permet à beaucoup d’oiseaux (comme les merles, les fauvettes etc.) d’y installer leur nid en toute quiétude.

En outre, les buissons touffus de prunelliers servent d’abri pour les graines et les jeunes plants des autres arbres qui peuvent ainsi grandir sous leur couvert. Ceci explique pourquoi le prunellier est appelé dans certaines régions mère du bois. Devenus grands, ces arbres supplanteront le prunellier, car il a besoin de lumière et ne supporte pas la concurrence.


Écorce du prunellier recouverte de lichens


Le prunellier est appelé épine noire à cause de son écorce d’un gris noir par opposition avec l’aubépine, qui est appelée … épine blanche par contraste.


L’écorce était autrefois utilisée comme colorant pour teindre en rouge la laine et le lin.

Elle est encore utilisée en tisane comme antidiarrhéique et  fébrifuge.

Attention
: comme les fleurs et les feuilles, l’écorce contient un peu d’acide cyanhydrique et est donc toxique si on en consomme en trop grande quantité.


Le bois est dur et d’un beau brun rougeâtre, ce qui explique pourquoi il fut autrefois utilisé en marqueterie, ou pour fabriquer des cannes et des clubs de golf.
Mais c’est aussi un excellent bois de chauffage.


Et maintenant, à tout seigneur tout honneur : la prunelle!

C’est en effet grâce à son fruit que le prunellier est bien connu.
Les prunelles apparaissent à la fin de l’été, et ont d’abord une couleur bleu violacé.
Elles ne sont pas toxiques, mais immangeables, car très âpres et astringentes : elles contiennent beaucoup de tanins et assèchent les papilles gustatives.
Pour pouvoir les consommer, il faudra attendre les premières gelées qui les adouciront lorsqu’elle vireront au noir, ou bien les conserver au congélateur.

Attention toutefois : si la prunelle est comestible après être devenue blette, son amande (le noyau) est toxique! Comme les autres parties de la plante (fleurs, feuilles et écorce), l’amande contient de l’acide cyanhydrique, mais cette fois-ci en plus grande quantité.

Un bruant jaune sur un prunellier couvert de prunelles (fin du mois d’août)

Si la prunelle blette peut être mangée crue, on la consomme plutôt cuite sous la forme de confiture ou de compote, ou bien en tarte.

Mais c’est surtout comme matière première de liqueurs et d’eaux-de-vie qu’elle est utilisée.

En avril, une prunelle de la saison précédente


Les prunelles peuvent demeurer sur la plante tout l’hiver.

C’est un mets apprécié par beaucoup d’oiseaux comme les rouge-gorges, les merles, les fauvettes à tête noire, les pics épeiches et les bouvreuils notamment. Mais de petits mammifères carnivores s’en délectent également : renards ou martres par exemple.
Les animaux vont manger la pulpe du fruit et disperser les graines.

Laissez donc aux animaux la plus grande part de la récolte. La prunelle ne sera qu’une gourmandise pour vous, mais leur permettra  par contre de survivre durant la saison la plus dure.


Toutes mes photos de prunelliers


  • Etymologie

Le prunellier est l’arbrisseau qui porte les prunelles. Et prunelle veut simplement dire petite prune.


  • Légendes au coin du feu

Si vous avez peur du diable et souhaitez l’éloigner, certaines personnes vous conseilleront d’accrocher des branches de prunellier (munies de leurs épines évidemment) aux quatre coins de votre maison. Pour plus de sûreté, vous devriez en mettre aussi au dessus de votre porte d’entrée. Il paraîtrait que le diable n’aime pas du tout le prunellier… ni ses épines !

D’autres vous diront par contre que le prunellier porte malheur et qu’il ne faut surtout pas ramener de branches à la maison, ni de bouquet de leurs fleurs. A vous de choisir…

Sachez aussi que les épines du prunellier auraient été utilisées en sorcellerie : elles étaient plantées dans des figurines de cire.
Et le manche du balai de la sorcière était parfois confectionné en bois de prunellier, au lieu du bois de frêne habituel.

A propos La gazette des plantes

La gazette des plantes, un blog qui part à la découverte des végétaux qui nous entourent en Belgique
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2 commentaires pour Le Prunellier (Prunus spinosa)

  1. La copine des moineaux dit :

    J’aime ton approche à plusieurs facettes des plantes qui vivent près de chez nous :
    – scientifique : les explications botaniques sont claires et accessibles au commun des mortels,
    – pratique : les applications culinaires, curatives ou olfactives sont très intéressantes
    – culturelle : les notes historiques, les anecdotes, les légendes apportent une dimension humaine à l’ensemble.

    J’ai déjà beaucoup appris grâce à toi … merci beaucoup ! Continue tes publications STP afin de nous faire partager toutes ces choses passionnantes.

    PS : le vin de prunelle, c’est délicieux à l’apéro 😉

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  2. Ping : La prunelle | La Gazette des Plantes

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