La Luzerne cultivée (Medicago sativa)

La luzerne cultivée, une plante aux jolies grappes de fleurs violettes que l’homme utilise depuis 9000 ans environ. Une plante qui possède de remarquables caractéristiques, mais qui est hélas en déclin rapide.

  • Classification

Angiospermes > Dicotylédones vraies > Fabacées > Luzernes (Medicago)

La luzerne cultivée est une fabacée, autrement dit une légumineuse, comme les pois, les haricots ou les acacias par exemple.


  • Habitat

A l’origine, c’est une plante de l’ouest de l’Asie (Afghanistan, Iran, Turquie), poussant dans les steppes, les prairies, les lisières ou les clairières forestières.

Elle est cultivée par l’homme depuis 9.000 ans environ. On peut même affirmer que ce fut l’une des plus grandes innovations dans l’histoire de l’humanité : fauchée et puis séchée au soleil, elle put être donnée comme foin aux animaux (bovins, lapins etc.) pour les nourrir en hiver.

On va donc surtout la trouver dans les prairies agricoles. Mais récemment les surfaces consacrées à la luzerne ont considérablement diminué (-70% en 30 ans en France par exemple), au profit du soja importé.

Un petit massif de luzerne cultivée au bord d’une route à Woluwe-Saint-Lambert (banlieue de Bruxelles)

Toutefois, on rencontre assez souvent des populations de luzernes « échappées » des cultures : dans les terrains vagues, sur les talus, les bords des routes et des chemins, et cela même jusqu’en périphérie des grandes villes.

Si la luzerne peut s’adapter à toute une série de sols, elle préfère les sols loameux (c’est-à-dire composés d’un mélange d’argile, de sable et de limon) humides, bien drainés et surtout très profonds. En effet, sa longue racine pivotante peut atteindre dans ces conditions plus de 6 mètres!

Notez que le collet (la jonction entre la tige et la racine) peut survivre durant l’hiver et donner naissance à de nouvelles tiges : la luzerne est donc une plante vivace.

Sources : 
– La biologie du Medicago sativa L. (luzerne), Agence canadienne d’inspection des aliments
La luzerne, culture écologique, est en danger, Sauvons la luzerne
Flore de Bruxelles_luzerne cultivée

Répartition de la luzerne cultivée à Bruxelles

Voici sa distribution à Bruxelles : elle est absente du centre très urbanisé de la ville, ainsi que de la forêt de Soignes au sud.  On la rencontre surtout en périphérie, le long des routes, sur les talus des voies ferrées ou bien dans des terrains vagues.

Source : The flora of Brussels (2003-2005)

  • Description

Les fleurs :

C’est une plante facile à identifier. Si les luzernes ont en général des petites fleurs jaunes, Medicago sativa possède par contre d’assez grandes fleurs de couleur violette, groupées en grappes denses sur un pédoncule.

Une grappe de fleurs de la luzerne cultivée


Grappe de fleurs et son pédoncule

Le pédoncule qui porte la grappe de fleurs démarre à l’aisselle des feuilles. 

Le pédoncule qui porte la grappe de fleurs démarre à l’aisselle des feuilles. Le pédoncule qui porte la grappe de fleurs démarre à l’aisselle des feuilles.


La corolle est formée de 5 pétales : un pétale supérieur de grande taille (appelé étendard), deux pétales latéraux (les ailes) et deux ventraux qui forment la carène.

Fleur de luzerne cultivée

La floraison débute en juin et dure jusqu’en septembre.  La luzerne est pollinisée exclusivement par quelques espèces d’insectes,  principalement des abeilles. Elle supporte mal l’autofécondation.

Les inflorescences sont comestibles; elles peuvent se manger crues.

Sources:
– Agence canadienne d’inspection des aliments : La biologie du Medicago sativa L. (luzerne) 
– COUPLAN François, Le régal végétal, Sang de la Terre, Paris 2015

Les feuilles :

Comme son cousin le trèfle, la luzerne cultivée a des feuilles composées de 3 folioles : elles sont oblongues, dentées à leur sommet, d’une teinte vert gris, et légèrement pubescentes.

Feuilles de luzerne cultivée

Elles sont excellentes, crues en salade, ou cuites. Les Berbères du Maroc la mangent couramment avec le couscous de maïs (« baddaz »). Elles contiennent des vitamines (A, C, D etc.) et des sels minéraux (calcium,  phosphore, potassium et fer).


La tige :

Tige de luzerne cultivée

Elle est haute de 30  à 100 cm. Elle est très ramifiée, chaque pied pouvant comporter de 5 à 15 tiges. Elle est glabrescente, les poils disparaissent avec le temps.

Elle est haute de 30  à 100 cm. Elle est très ramifiée, chaque pied pouvant comporter de 5 à 15 tiges. Elle est anguleuse et glabrescente : les poils disparaissent avec le temps. Elle est cannelée. Poilue dans le bas, et plutôt glabre vers le haut. Elle est cannelée. Poilue dans le bas, et plutôt glabre vers le haut. Elle est cannelée. Poilue dans le bas, et plutôt glabre vers le haut. Elle est cannelée. Poilue dans le bas, et plutôt glabre vers le haut. Sa hauteur varie entre 50 et 150 cm. La tige est creuse.


Les fruits :

Les fruits sont des gousses recourbées en spirales à 2 ou 3 tours, et contenant plusieurs graines.

Gousses de luzerne cultivée

Au Moyen-Orient, les graines germées sont mangées crues depuis très longtemps. Cette tradition a été redécouverte en Occident il y a une trentaine d’années, et on trouve maintenant des « germes de luzerne » jusque dans les grandes surfaces.
Notez que l’emploi du mot  » germe  » est inexact puisqu’on ne consomme pas le germe présent dans la graine, mais bien la jeune pousse qui résulte du processus de germination.
Elles sont tendres et juteuses, peu fibreuses contrairement à la plante adulte, et d’un goût très délicat. On peut les ajouter à une salade, à une soupe, sur un sandwich, ou bien dans une omelette.

Feuilles et fruits de luzerne cultivée

Les graines germées auraient une activité antioxydante élevée : elles seraient capables de neutraliser les radicaux libres, responsables du vieillissement cellulaire et de certains cancers. Elles seraient aussi riches en saponine, un composé capable de réduire le cholestérol sanguin.

Attention cependant :  la consommation de graines germées crues peut parfois être associée à des cas d’infections alimentaires causées par des micro-organismes tels que la Salmonella ou l’E. Coli.
Quelques conseils pour éviter cela : acheter des germes réfrigérés,  éviter les pousses jaunes ou flétries, bien les rincer et se laver les mains avant de les consommer.

Source :
– Tout savoir sur la luzerne dans l’alimentation, PasseportSanté.Net

  • La luzerne dans l’agriculture

La luzerne comme fourrage :

La luzerne cultivée est très riche en protéines (25 %, trois fois plus que le soja par exemple).
Toutefois, elle est peu digeste pour l’homme à cause de sa haute teneur en fibres (ce n’est pas le cas des jeunes pousses). Par contre, cela ne pose pas de problème aux ruminants. Par conséquent, elle constitue depuis longtemps l’un des fourrages les plus recherchés par les éleveurs de bétail.
Elle est aussi donnée aux lapins, à la volaille et aux chevaux.

Depuis les années 1950, on déshydrate la luzerne de manière à lui conserver toutes les qualités du fourrage frais.

La valeur fourragère de la luzerne cultivée diminue dès le début de la floraison


La luzerne grande consommatrice d’azote :

Grâce à son important réseau de racines, la luzerne capte de grandes quantités d’azote contenues dans les nitrates du sol : trois fois plus que le blé ou le maïs par exemple. Cela empêche ces nitrates de migrer vers les nappes phréatiques et de les polluer.

Mais ce n’est pas tout : la luzerne étant une légumineuse, elle est aussi capable de fixer directement l’azote de l’atmosphère grâce à une symbiose avec des bactéries (voir ci-dessous le paragraphe sur les légumineuses).
Avec ces deux sources d’azote à sa disposition (en premier lieu les nitrates du sol et ensuite l’azote de l’air), la luzerne ne nécessite normalement aucun apport d’engrais azoté.

Finalement, lorsque la luzerne sera retournée, l’azote qu’elle  aura capté sera restitué au sol pour la culture suivante (engrais vert). Cela limite encore plus les apports d’engrais azoté et par conséquent cela concourt à la sauvegarde de la qualité des eaux souterraines.

Notez que la luzerne peut aussi avoir au niveau de ses racines une relation symbiotique avec des champignons; cette relation facilite l’assimilation du phosphore et d’autres éléments nutritifs.


La luzerne n’a pas besoin de beaucoup de biocides :

La luzerne n’a pas besoin d’insecticides ou alors très peu : seulement 3 à 6 % des parcelles en reçoivent. De plus, la luzerne ne nécessite que peu d’herbicides : 68 à 72 % des parcelles n’en reçoivent pas.  C’est pour ces raisons que la luzerne fait partie des seules cultures autorisées autour des captages d’eau potable.


La luzerne améliore les sols :

Elle possède une racine pivot très profonde, pouvant atteindre 6 m., et un réseau de racines secondaires très ramifié. Grâce à cela, elle est capable d’aérer des sols très compacts. De plus, cela lui permet de puiser de l’eau et d’autres éléments nutritifs dans des couches inaccessibles à d’autres plantes. Cela explique pourquoi elle est assez résistante à la sécheresse.


La luzerne favorise la biodiversité :

La luzerne cultivée est une plante mellifère qui attire de nombreuses abeilles et bourdons. Elle ne libère pas de pollen qui pourrait être transporté par le vent.

Une piéride de la nave (un papillon répandu) sur une luzerne cultivée

En outre, elle héberge des micro-organismes en abondance, jusqu’à 100 fois plus que dans une culture de blé par exemple.

Sources :
– Tout savoir sur la luzerne dans l’alimentation, PasseportSanté.Net
– La déshydratation de la luzerne, et La captation de l’azoteTout sur la luzerne
– Pourquoi la luzerne ne doit pas disparaître, Sauvons la luzerne
– Luzerne cultivée, Wikipédia
La biologie du Medicago sativa L. (luzerne), Agence canadienne d’inspection des aliments
– 
Quelques atouts agronomiques de la luzerne, Culture-luzerne.org

  • Utilisation de la luzerne cultivée en phytothérapie

Au 17ème siècle, la luzerne était considérée comme une panacée universelle.
Elle possède en effet beaucoup d’atouts : elle est très riche en protéines, ainsi qu’en vitamines (A et K notamment) et en sels minéraux (fer, calcium, potassium et magnésium).

La luzerne, une star de la phytothérapie

En conséquence de quoi elle a des propriétés antiscorbutique, antirachitique, tonique (lutte contre la fatigue) et diurétique.

Elle a aussi une action anti-cholestérol,  grâce à la saponine qu’elle contient.

Et grâce à sa richesse en calcium et en coumestrol, un composé végétal qui joue un rôle semblable à celui de l’oestrogène, elle aiderait à la recalcification (dans le cas d’ongles cassants, de l’ostéoporose ou de la ménopause par exemple).

On l’utilise également dans le cadre des infections, des bronchites ou de l’asthme, et dans le traitement des troubles de la vessie, des maladies virales et bactériennes.

Elle est vendue de nos jours comme supplément alimentaire dans les magasins de produits naturels.

Sources:
– DUCERF Gérard, L’encyclopédie des plantes bio-indicatrices, Volume 3, Promonature, 2013
– Tout savoir sur la luzerne dans l’alimentation, PasseportSanté.Net
– MACHON Nathalie et MOTARD Eric (dir.), Sauvages de ma rue, Le Passage et Museum d’Histoire Naturelle, Paris, 2012
– Luzerne cultivée, Wikipédia
– Alfalfa (luzerne), Doctissimo

  • Les autres usages de la luzerne cultivée

Sa richesse en fibres la rend indigeste pour l’homme, mais on s’en sert par contre pour fabriquer du papier.
L’huile tirée de sa graine entre également dans la fabrication des peintures.

Source:
– Tout savoir sur la luzerne dans l’alimentation, PasseportSanté.Net

  • Les légumineuses

La particularité de la plupart de ces plantes (luzernes, pois, trèfles etc.) est de pouvoir fixer l’azote atmosphérique. L’azote est un élément indispensable à la vie, indispensable à la fabrication des acides aminés et donc des protéines.

Une chance : l’azote est abondant; c’est même le principal constituant de l’air (78%).
Mais il y a un os : l’azote de l’air (N2) est très stable, peu réactif et n’est pas assimilable par les plantes. Celles-ci ne peuvent employer que des composés azotés présents dans le sol, essentiellement des nitrates, qu’elles prélèvent grâce à leurs racines. Ces nitrates ont été fabriqués à partir de l’azote de l’air par des bactéries, des organismes unicellulaires capables d’utiliser directement l’azote atmosphérique. On a toujours besoin d’un plus petit que soi…

La vesce cultivée (Vicia sativa) est une autre légumineuse utilisée comme plante fourragère

Revenons à nos fabacées-légumineuses : elles possèdent des petits nodules sur leurs racines. Ces nodules sont le signe de la présence de bactéries, toujours elles, du genre Rhizobium, qui vivent en symbiose avec la plante. Celle-ci va apporter aux bactéries une partie de ce qu’elle produit grâce à la photosynthèse, c’est-à-dire des sucres, source d’énergie.
Les bactéries vont quant à elles fixer l’azote atmosphérique et le transformer en composés directement utilisables par la légumineuse pour la fabrication de protéines.

Les fabacées peuvent donc utiliser deux sources d’azote : les nitrates présents dans le sol et l’azote atmosphérique via les bactéries présentes dans les nodules.



  • Etymologie

– Le terme « luzerne » vient du provençal luzerno, qui signifie « ver luisant », du latin lucerna « lampe »  parce que les graines de cette plante sont brillantes.

– Son nom scientifique, medicago, signifie « herbe de Médie », en référence au fait qu’elle aurait été introduite dans la Grèce antique par les Mèdes, un peuple de l’Asie ancienne, qui vivait au Nord-Ouest de l’Iran actuel.

– L’épithète « sativa » vient du latin « sativus« , cultivé.

– La luzerne cultivée s’appelle alfalfa en espagnol et en anglais notamment, nom dérivé (via l’arabe) d’alpha, la  première lettre de l’alphabet grec; ce qui voulait dire qu’elle était le meilleur des fourrages.

Sources :
– Tout savoir sur la luzerne dans l’alimentation, PasseportSanté.Net
– COUPLAN François, Les plantes et leurs noms, Editions QUAE, Versailles, 2012
Tout sur la luzerne, 10.000 ans d’histoire

A propos La gazette des plantes

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2 commentaires pour La Luzerne cultivée (Medicago sativa)

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